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Une canaille et demie

“Hitler avait peut-être raison…”. L’ouverture est accrocheuse, les phrases, tranchantes. Du mauvais vin, des billets de banque, une Amérique en carton pâte; Une canaille et demie, est l’un des premiers romans de Iain Levison. A siroter, car ses publications se comptent quasiment sur les doigts d’une main. Le roman a du rythme et Levison, l’auteur aux 42 petits boulots, du style.

Comme là, par exemple : “Il se prenait pour une merde et pourtant il était un des êtres les plus nobles qu’il ait connu” Qui ça ? Phil Dixon, un bandit d’intelligence supérieure qui croit au karma. Il braque une banque au début du roman; l’argent doit lui servir à s’établir dans un coin sans histoire, pour le reste de sa vie. Pendant sa cavale, il s’incruste chez l’amoral Elias White (quel joli nom!), professeur d’histoire dans une ville de seconde zône. Il a compris qu’à la fac “tout tient à l’assurance avec laquelle vous vous exprimez” (là aussi); il n’aime pas enseigner et cherche la gloire, les publications prestigieuses, les facultés de renom. De ce tandem, qui est la vraie canaille? Pas forcément celui que les apparences désignent. A eux s’ajoute Denise Lupo, agent du FBI chargée de l’enquête sur le braquage. Profiler contrariée, mise au rebut parce qu’elle est une femme, elle a commencé et va terminer sa carrière dans le miteux service qui se charge de contrôler les numéros de série des billets de banque.

Dixon, White et Lupo s’évitent, se cherchent, se confrontent, dans des bains  d’insultes, de sang et de raisonnements… sous la plume acérée de Levison, portraitiste de talent. Sa méthode: décrire les personnages par leur manière d’appréhender le monde qui les entoure. La solidité de chaque personnage, son armature, dépend donc de sa perception  et de sa place dans la hiérarchie sociale. D’où la fragilité de White, qui n’estime personne à part lui même, l’imposante stature de Dixon -qui pourtant n’est qu’une “merde”- à la base de la pyramide, et l’isolement total de Lupo (d’ailleurs, Lupo=Loup), une femme dans un univers d’hommes.

Le roman se révèle être moins une traque, que le rapprochement inévitable des personnages vers des points d’impact : une université, un jardin de banlieue, l’escalier d’un sous-sol…Une traque où l’on prend le temps d’observer le paysage mental de chaque personnage… et le décor de Tiburn,  la petite ville où se déroulent les trois quart du roman. Cette bourgade désuète est la force d’inertie du roman. Certains y naissent, d’autres y viennent, d’autres encore y restenbt (au propre comme au figuré); Tiburn, c’est d’ailleurs le nom que porte le roman, dans sa version en anglais, un titre plus réussi que la version française, non?